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24 septembre 2014

Paysage tragique. II .III. IV. V.

Pour terminer ce tragique paysage, je sais où se trouve le I, voici II, III, IV, V, "adhérés" (comme on dit au Vigan).


II

 

J’irai les lèvres closes, le cœur ouvert, au sacrifice, à la chaleur, en connaissance, en liberté, au plus éclairé des mensonges. Le calme posé, la rue arrosée, ils se tournent et ignorent. Les plus actifs, les plus pressés, ils avancent et tout ils  arrachent, tout ils défont et disent si peu, ils se font.

Une offense cruelle, ils sont abrupts et dérangés, ils se blessent, ils sont à point, ils avalent leurs mains, ils démontent, ils jetent un sort pour attraper, ils ébauchent, ils égarent, ils égratignent, ils sont contents, ils sont inutiles, ils enlacent le vent, la poussière, le mal posé, le mal reçu, ils effleurent.

La rive, les pavés, le ciel aussi et la vanité, tous les défauts, ils sont à tourner au vinaigre, ils sont impatients et sans âme et ils sont, ils sont, une évidence, d’un à l’autre, un chapelet, de toutes les lamentations, ils n’ont aucune vertu, aucune qualité, il y a bien du ciel, des larmes dans le vide, dans.

De ces passions, ils ont éventré le ciel, ils ont le courage du temps, il passe, il passe et tout leur passera, aussi, tout ira dans la descente, les animaux, les jeunes gens, la chair meurtrie, le jour posé. Le désir au bout des dents, il faut attraper la queue du mensonge, il faut éclairer, il faut établir.

Un peu de sincérité, je vis, je meurs et je m’incline, je suis perclus et détaché et je sens l’inutile effort. On tend à dire du lien levé : envolez vous, soyez sans crainte, le temps viendra des voluptés, le temps viendra. Le temps venu, il est passé, il est fini, il est ailleurs, qui sont-ils dans la rue.

Et qui aime ces oubliés, ils sont, ils sont et on ne peut dire, ils sont à faire le tour du temps, un temps perdu, un temps sans ombre, la terre tenue. Il est au bout du refus, au bout de la nuit, au bout du songe, affreux et oublié, tout arrive, tout arrive, il y faudra de l’ordre et du repos, de la volonté.

Des éclaboussures : temps précieux de la ferveur, si tout tu détestes et si tout t’ennuie, avale encore du silence et crache tous les serpents. Tu es venu et tu oublies, il y a dans cet air qui danse un écho noir, des goûts anciens, de la volonté, des mensonges nombreux et enfantins, ils sont assis.

Ils sont, debout ils finissent la nuit, au jour perdu, au jour content, ils se démènent et ils arrivent. Il y aura toujours des erreurs, du passage, des mots un à un répétés. Il y a toujours des vérités à dire, du mal à oublier, de la flamme, des fleurs si belles sur les cailloux, les jeunes gens, la chair meurtrie.

Animaux, le jour en place, le désir au bout des dents, il faut attraper la queue du mensonge, il faut établir un peu : je vis, je meurs et je m’incline, je suis perclus et détaché et je sens l’inutile, le temps viendra, le temps venu, il est passé, il est fini, il est ailleurs, ils sont, qui aime ces oubliés.

Ils sont, ils sont et on ne peut dire, ils sont à faire le tour du temps, temps perdu, temps sans ombre, terre tenue, ils ébauchent, ils égarent, ils égratignent, ils sont contents.

18 Août 2013.

 

 III

 

Au fond, au centre, il est ouvert, suffit-il de le dire, images inversées. Les animaux sont leurs gardiens, sorcières jeunes, échevelées, noires et valets sombres qui regardent, ils sont étendus sur la paille et rêvent d’oubli et de certitudes. Je te montre, je te montre mon dos, mon cœur, la chair.

Elle suit, ils sont étendus à la paille et tordus de jasmin flétri. Suffit-il de ramer, de tendre au ciel un visage noirci d’images à la renverse, de peurs effrayées, ils sont vaincus déjà, et déjà loin de leur sacrifice, noirs sortilèges et décomposition, ils étendent au sol la paille et brisent leurs cailloux.

Tout à conserver la pureté et défendre, défendre la race et les ambitions, devenir plus noirs que le noir, plus justes que les justes, souverains étendus et paille abandonnée, ils chantent et éparpillent leurs os, leurs chairs et tout ce qui fait le mensonge. Une vie déposée ainsi au soleil pour affirmer.

L’ambition, rester et rester, ils s’ébruitent, ils se condamnent, parce qu’ils sont maintenus, ils arrachent les herbes et comptent les sanglots. Peur vaincue et ciel de courage, ils tournent et reviennent et chantent, voix éraillées, ironie et noirs sortilèges, sans y voir, sans en dire, sans rien entendre.

Ils bousculent la vie ancienne, le tumulte, le feu, le sang frais sur les planches, le pied a raclé la paille humide, les animaux les gardent, les habits chargés sont éventrés, ils clament sous les branches, le désarroi, ils se punissent et recommencent, des œufs versés, des genoux blessés, des cœurs.

En charpie ils sont déjà bien loin de leur sacrifice. Joues tenues, cœurs éventés, en silence sous les étoiles, sans chef, sans ordre, ils chantent la gloire de la mémoire. Le paysage est au bout du souffle, au loin, rien ne sert et rien ils savent. Sous le temps, bien loin avant l’orage, ils ne rêvent plus.

Et se perdent, l’ivresse a condamné leurs jeunes forces, saisis, vaincus, éraillés, ils dansent et tiennent sur place, de la paille, des idées de barques en croisière, ils n’avancent pas et gaspillent la force et la beauté. Car en avance, puisqu’en retard, ils veulent, ils décident et ne construisent.

Rien, ils soufflent, avant le temps le tohu et bohu, et ce n’est pas une offrande, ils ont en tête la raison et défigurent, le ciel, le vent, la fraîcheur dans l’ombre, le sens de l’éternité et rien ne sort et rien n’avance, la boue éparpillée, le sang versé, les habits éclatés, ils se retournent et recommencent.

A vide, à rien, à contre sens pour que rien n’avance, enfants perdus qui n’avez plus de parents, vous détruirez toujours le reste de vos maisons. Il n’y a plus de temps, ni de raisons, vous passez, vous passez et rien n’avance sur cette paille.

19 Août 2013.

 

IV

 

Se dire et se faire, trouver gros, lourd, enfermé, sans déclic, où donc est l’ouverture. Tu finis un sentier, tu fermes un parcours, où sont-ils donc, les cieux ouverts, l’air respiré, le charme et la gaieté, il y aura un son, il y aura un geste, et simple, et courant seul sur ce chemin, tu ouvriras le reste,

pour accueillir le vaste monde. On coupe, on cerne, on nomme, on calcule, le temps passé, la clarté. Pauvre petit œil, pauvres racines arrachées, vous êtes en sanglots, vous courez, aux confins, vous achevez une route, il reste un avenir pesant de vieillesse et de regrets, vous êtes ordinaire,

et passez sur le bord, la route est noire, les oiseaux chantent peu, le ciel est obscurci, que reste-t-il de nos enfances. Temps ouvert et facile, il creuse un sillon il délace une corde, au tronc plus rien ne pense, il est penché plus lourd, plus lent, plus silencieux, et il ne comprend plus, oiseaux.

Envolez-vous, sur la rive vous êtes, le toit est soulevé, la conscience est amère, tout arrête et tout va, le ciel, l’air, l’eau sur la rive, il manque, il manque, un coin ouvert. Abandonnez le temps, courez jusqu’au tombeau, il y a des rois, il y a du mystère, le cœur est déposé, un clou retient les voiles,

il  a un  immense silence, rideaux tirés, cœur abandonné, à l’échancrure tout est dit. Sur le repos, sur l’abandon, fermez, fermez les yeux et souvenez vous, ils étaient nombreux dans le champ de fleurs jaunes, jonquilles écourtées, herbes encore vertes, il avance au temps qui a passé,

il avance dans le regret, le temps à fui, les rois sont au tombeau, tout a mordu le sol, l’herbe est sèche et la peau a flétri. Mordez, pleurez, il en est loin de cette enfance, jours passés, cœurs évanouis, le ciel ramasse, les larmes et le pardon, la saison finira bientôt. Volez petits oiseaux, courez,

jeunes gens, au panier, au berceau, les cœurs sommeillent et je poursuis.

21 Août 2013.

 V.

 

Et bienheureux, au vide, le paysage est entré et prend toute la place, pas de serments, pas d’efforts, plus de joie et presque plus de peur, un vide, un espace,  bouche tordue et bée, l’éloignement de toutes choses, la force brute, la réflexion, le mensonge dans un miroir, il ne dit rien, il agite la fantaisie,

le bruit, l’énergie. Il grimpe et de planche en planche, il est égratigné, échardes, copeaux, tout entre dans la chair, le mensonge et le silence, on peut dire : je viens, j’accours, je soignerai, je guérirai, je porterai et ton fardeau et tes trouvailles, âme rendue, âme donnée silencieusement, offerte

à la rive, éloignée, sans attache, je te vois et je donne un regard, un regard, simple, simplement et du silence et des mensonges, la vie va, la vie ira, les colliers, les dentelles tout est offert, le vent léger ravira toute chose, les yeux, les mains, le cœur, un océan, une mare, et puis tout simplement,

une simple goutte d’eau. Dans la rosée, il chante et il offre, il perd et il gagne, la vie sans lendemain, un mensonge à chaque instant, un cœur abandonné, une enfance effarouchée, je viens, je vois, j’interpelle, riez et dansez, le mal viendra et peut être le vide les guérira, la vie tournera, en écheveaux,

en lettres majuscules, en points au bout des phrases, des brassées de choses écrites, des contrats signés, une évidence après l’autre, après l’été, l’automne et le vide dans les paniers, récolte et vendange, je marche ferme et j’abrège le temps, je suis là, je suis venu et je vois, ni un, sans victoire,

ni une, le vide dans les paniers, ils se pressent et débordent des planches, un colloque de forces brutales, approchez vous, accrochez au ciel des images et des cris, la joie sauvage, les cœurs farouches, les cœurs de bois, il faut avaler cette misère, il faut détruire, et au sol, poser la poussière,

enlacez, mordez, cœurs épris, bouches tordues, peaux arrachées et voix en lambeaux, le pied au loin tordu, les yeux ouverts en silence sur la vie, sur le dos, le corps perdu, et la sève aux branches coule, délicieux mensonge.

22 Août 2013.

07:00 Publié dans texte | Lien permanent | Commentaires (0)

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