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19 septembre 2014

Paysage tragique. III

Au fond, au centre, il est ouvert, suffit-il de le dire, images inversées. Les animaux sont leurs gardiens, sorcières jeunes, échevelées, noires et valets sombres qui regardent, ils sont étendus sur la paille et rêvent d’oubli et de certitudes. Je te montre, je te montre mon dos, mon cœur, la chair.

Elle suit, ils sont étendus à la paille et tordus de jasmin flétri. Suffit-il de ramer, de tendre au ciel un visage noirci d’images à la renverse, de peurs effrayées, ils sont vaincus déjà, et déjà loin de leur sacrifice, noirs sortilèges et décomposition, ils étendent au sol la paille et brisent leurs cailloux.

Tout à conserver la pureté et défendre, défendre la race et les ambitions, devenir plus noirs que le noir, plus justes que les justes, souverains étendus et paille abandonnée, ils chantent et éparpillent leurs os, leurs chairs et tout ce qui fait le mensonge. Une vie déposée ainsi au soleil pour affirmer.

L’ambition, rester et rester, ils s’ébruitent, ils se condamnent, parce qu’ils sont maintenus, ils arrachent les herbes et comptent les sanglots. Peur vaincue et ciel de courage, ils tournent et reviennent et chantent, voix éraillées, ironie et noirs sortilèges, sans y voir, sans en dire, sans rien entendre.

Ils bousculent la vie ancienne, le tumulte, le feu, le sang frais sur les planches, le pied a raclé la paille humide, les animaux les gardent, les habits chargés sont éventrés, ils clament sous les branches, le désarroi, ils se punissent et recommencent, des œufs versés, des genoux blessés, des cœurs.

En charpie ils sont déjà bien loin de leur sacrifice. Joues tenues, cœurs éventés, en silence sous les étoiles, sans chef, sans ordre, ils chantent la gloire de la mémoire. Le paysage est au bout du souffle, au loin, rien ne sert et rien ils savent. Sous le temps, bien loin avant l’orage, ils ne rêvent plus.

Et se perdent, l’ivresse a condamné leurs jeunes forces, saisis, vaincus, éraillés, ils dansent et tiennent sur place, de la paille, des idées de barques en croisière, ils n’avancent pas et gaspillent la force et la beauté. Car en avance, puisqu’en retard, ils veulent, ils décident et ne construisent.

Rien, ils soufflent, avant le temps le tohu et bohu, et ce n’est pas une offrande, ils ont en tête la raison et défigurent, le ciel, le vent, la fraîcheur dans l’ombre, le sens de l’éternité et rien ne sort et rien n’avance, la boue éparpillée, le sang versé, les habits éclatés, ils se retournent et recommencent.

A vide, à rien, à contre sens pour que rien n’avance, enfants perdus qui n’avez plus de parents, vous détruirez toujours le reste de vos maisons. Il n’y a plus de temps, ni de raisons, vous passez, vous passez et rien n’avance sur cette paille.

19 Août 2013.

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